Friday, September 14, 2007

Dr Lazare Ndayongeje: MYTHE DES ORIGINES, IDEOLOGIE HAMITIQUE ET VIOLENCE EN AFRIQUE DES GRANDS LACS

MYTHE DES ORIGINES, IDEOLOGIE HAMITIQUE ET VIOLENCE EN AFRIQUE DES GRANDS LACS : COMPRENDRE ET AGIR.

Dr Lazare Ndayongeje, Directeur de Programme, Politique & Géopolitique Burundaise, Burundi Réalités International (BRI Inc.)

16 août 2004

INTRODUCTION

Les contradictions à l’origine des tensions et des conflits socio-politiques ne sont pas toujours apparentes. Bien souvent, les groupes d’intérêt les masquent en leur donnant une pseudo explication mystificatrice. Un des rôles de l’idéologie politique est non seulement de fournir une interprétation du monde mais également d’indiquer un idéal social. C’est pourquoi elle est souvent le lieu théorique où s’investissent les falsifications intéressées de l’histoire et de la réalité sociale et politique. Pour l’Afrique et singulièrement pour la région des Grands Lacs, deux mythes idéologiques ont été cultivés et n’ont pas encore cessé de faire des ravages : il s’agit du mythe des origines et de celui du tutsi-hamite, et plus récemment du tutsi juif. Le terme mythe a plusieurs sens et de ce fait est ambigu. Du grec muthos : parole, récit, le mythe signifie à la fois une représentation collective de haute teneur psychologique et affective ( mythe du progrès, mythe de l’âge d’or) et un récit dont le fondement rationnel est absent et qui pour fournir une explication recourt aux ressources d’un imaginaire fabuleux. Dans le mythe, il y a un défaut d’explication rationnelle compensé et masqué par les séductions d’un artifice poétique, religieux ou fantastique et fantasmatique. Le mot idéologie est également polysémique. Il signifie un système d’idées destiné à voiler ou à justifier par un « arôme spirituel » la domination d’une classe sociale ( K. Marx) ; une projection dans un imaginaire consolant d’une situation intenable et contradictoire (L. Feuerbach) ; ou une rhétorique incapable d’expliquer ses concepts et qui est l’expression détournée des intérêts d’une classe sociale ( L. Althusser). Dans ses investissements historiques successifs l’idéologie hamitique a revêtu tour à tour et parfois concomitamment les aspects d’un mythe, d’une illusion rassurante, d’un masque des intérêts et d’une volonté de domination. Mythe et idéologie ont ici en commun la manipulation intéressée de l’illusion (entendue dans le sens freudien comme croyance dans laquelle la force du désir fait méconnaître la réalité) et des fantasmes.

Au regard du potentiel mortifère du mythe des origines et de l’idéologie hamitique, il nous paraît important de revisiter leur genèse dans l’espoir de susciter un débat et des engagements salutaires

1. Mythe des origines : théories de l’espace, déterminisme géographique et naturalisme.

Dans l’entendement ordinaire, l’espace pourrait être considéré comme quelque chose de vide, un réceptacle neutre sans impact sur les personnes et les choses. En réalité les penseurs qui ont abordé l’analyse de cette notion ont divergé. Le même désaccord peut être constaté à propos de l’influence du lieu géographique de naissance, certains considérant qu’il constitue un facteur identifiant, d’autres n’y voyant qu’un élément plutôt secondaire. Au demeurant, l’homme est-il l’œuvre de la nature ?

1.1. L’espace : le vide ou l’ordre des coexistences possibles ?

Aristote définit l’espace comme un lieu doté d’une certaine puissance organisatrice(1). Chaque chose est amenée à rejoindre sa place naturelle : les choses terreuses en bas , le feu en haut , l’eau et l’air dans l’intervalle. Il y a violence chaque fois qu’un objet est éloigné de sa place naturelle : par exemple quand je jette un caillou en l’air…Heureusement le naturel va revenir au galop. Pour le physicien Isaac Newton, l’espace est un cadre indépendant des objets qui l’occupent tandis qu’Albert Einstein y voit une simple possibilité de position. Une boîte par exemple délimite une possibilité de position (2). Leibniz pour sa part définit l’espace comme l’ordre des coexistences possibles tandis R. Descartes se démarque en définissant l’espace comme la substance matérielle des choses : l’espace ce n’est pas le lieu de la chose, c’est la chose même dans sa consistance matérielle. « …la même étendue qui constitue la nature du corps constitue aussi la nature de l’espace(3)».

Si nous retenons la définition de l’espace comme l’ordre des coexistences possibles, « non seulement entre les existants, mais encore entre les possibles comme s’ils existaient » il se pose dès lors une série de questions sur ces coexistences. S’agissant de la coexistence des hommes avec la nature environnante, trois thèses peuvent être envisagées : le primat du monde physique, le primat de la culture, ou alors une synthèse dynamique entre le naturel et le culturel.

1.2. Du déterminisme géographique au « régionalisme. »

Jean Bodin, dans son ouvrage La république, au livre V chapitre premier, a théorisé en le politisant l’impact des zones climatiques. Le Nord, le Midi et la zone tempérée produiraient des types d’hommes différents. L’homme du nord serait brutal, versatile, sans parole donnée, chaste et pudique. Il serait gouverné par la force. L’homme du midi serait plutôt rusé et vindicatif, lubrique, porté vers les sciences et la contemplation. Il serait gouverné par la religion. L’homme du climat tempéré, porté aux sciences politiques, les lois, la grâce de bien discourir, serait gouverné par la raison et la justice. On voit là un déterminisme géographique qui imposerait des caractères spécifiques et définitifs. Jean Bodin, pour qui les vents rendent les hommes inquiets alors que les montagnes les rendent indépendants et farouches pour leur liberté, a dû reconnaître la possibilité pour la discipline, donc l’éducation, de changer le naturel. « Voilà, écrit-il, quant aux naturelles inclinations des peuples, lesquelles toutefois n’importent point de nécessité…mais qui sont de bien grande conséquence pour l’établissement des républiques, des lois , des coutumes …(4) »

On sait par ailleurs que Montesquieu a repris, au livre 14 de L’Esprit des lois (1748) la théorie des climats. Le froid, pensait-il, resserre les extrémités des fibres de notre corps et augmente leur force, le chaud les allongerait et diminuerait leur force. Et avec la force causée par le froid, la confiance en soi, la hardiesse dans l’entreprise, moins de désir de vengeance, peu de sensibilité à la douleur, aux plaisirs, à l’amour. Montesquieu fait l’apologie des peuples du nord qui briseraient les fers forgés au midi. « C’est là que se forment ces nations vaillantes qui sortent de leur pays pour détruire les tyrans et les esclaves, et apprendre aux hommes que, la nature les ayant fait égaux la raison n’a pu les rendre dépendants que pour leur bonheur. » Mais déjà, s’insinue dans la pensée de Montesquieu une contradiction : qu’est-ce qui détermine l’esprit des nations : le climat ou de la raison ? Accusé de spinozisme (affirmation de la nécessité s ‘imposant aux hommes ) Montesquieu fut obligé de rédiger en 1750 une Défense de l’Esprit des lois et d’affirmer le rôle des causes morales. Plus les causes physiques portent les hommes au repos, plus les causes morales les en doivent éloigner écrit-il, insistant sur la responsabilité des législateurs. Au total, le climat chez Montesquieu restera un facteur parmi d’autres, à côté de la religion, des mœurs et des lois, des maximes du gouvernement, et des exemples des choses passées.

On le devine aisément : le déterminisme géographique, basé sur l’idée que la zone géographique et son climat influencent de façon décisive les qualités des gens tant au plan intellectuel que moral peut être à l’origine de divisions sur la base de la provenance provinciale ou régionale. Sans être explicitement revendiquée, une telle pseudo-théorie sous-tend la démarche de certains politiciens à court d’arguments politiques, qui indexent telle ou telle région comme « produisant » des hommes naturellement …méchants.

1.3. Nature humaine et racisme.

On peut définir la nature comme ce que l’homme trouve, ce qui n’est pas l’œuvre de l’art ou de la culture en général, ce qui n’est pas fabriqué. Sur le plan biologique, est naturel ce qui est inné et se transmet par hérédité. S’agissant de la nature humaine, la question est de savoir si nous naissons hommes ou si nous naissons potentiellement hommes. Y a-t-il un concept universel de l’homme qui soit nécessaire et qui se réalise inévitablement dès que celui-ci naît ? L’affectivité, l’intelligence, la créativité sont-elles inscrites dans ses gènes ?

Abordant la question, Lucien Malson, dans Les enfants sauvages écrit : « Le problème de la nature humaine, c’est en somme celui de l’hérédité psychologique…rien n’est plus contestable que la transmission par le germe de « propriétés » définies, décelables dans l’ordre de la connaissance et de l’affectivité -donc de l’action. (5)» L’étude des enfants sauvages privés d’éducation, a montré que sans société ni socialisation dans les délais convenables, le potentiel intellectuel, affectif et moral s’atrophie et l’on ne peut plus espérer avoir un humain accompli, mais un être qui se comporte comme les bêtes auprès desquelles il a grandi. De plus , deux jumeaux monozygotes élevés dans des milieux différents auront des comportements et des capacités intellectuelles différents.

Néanmoins, François Jacob dans « Le Monde » du 11 /12 février 1972 recommandait d’éviter deux extrêmes : celui de la fatalité génétique où tout, dans l’intelligence, les sentiments et les comportements serait déterminé par l’hérédité ; et celui de la cire vierge où tout serait acquis. « Le programme génétique met en place ce qu’on pourrait appeler des structures d’accueil qui permettent à l’enfant de réagir à son milieu, de repérer des régularités, de les mémoriser puis de combiner les éléments en assemblages nouveaux » . De la sorte, il y a interaction entre le génétique et le socioculturel dans une perfectibilité relative.

En fin de compte, on ne parle plus de nature humaine, mais de potentialités humaines pouvant être plus ou moins développées. Les travaux des anthropologues et les recherches sur l’intelligence humaine et animale ont dégagé ces potentialités : la liberté dans le temps et l’espace car l’action humaine n’est pas seulement liée au présent ou à la présence des objets ; la capacité de combiner les objets pour attendre un but et l’invention des signes pour faciliter et représenter cette combinatoire, l’invention et la pensée de la pure chose (x) liée à chaque objet, c’est-à-dire l’abstraction formelle ; l’exigence des règles dont la prohibition de l’inceste ; la pratique du don et de l’échange ; l’exigence de réciprocité.

De là , on comprend que les hommes n’étant pas le seul résultat de leurs gènes , mais aussi de l’éducation, on ne peut les figer une fois pour toutes dans un déterminisme biologique et que les ghettos organisés autour de la pureté raciale n’ont pas de fondement réellement humain. Or le raciste explique les différences sociales et culturelles comme l’effet de l’hérédité. La division d’une société en classes est fondée, pense-t-il, sur les propriétés héréditaires. « Ceux qui sont aujourd’hui des prolétaires doivent leur situation inférieure aux tares héréditaires de leur corps et de leur esprit. (6)» La femme est minoritaire parce que génétiquement inférieure, le nègre est esclave parce que génétiquement , naturellement déficient…

S’il n’y a pas de rapport de nécessité entre un programme génétique invariable et des qualités intellectuelles , affectives et morales d’un individu ou d’une race ; s’il ne peut encore moins y avoir un lien absolu entre un trait culturel ( religion, langue, coutume) et un peuple, une ethnie ou une race, à cause du caractère contingent et évolutif de la culture ; s’il n’ y a pas non plus de relation de cause à effet entre la zone géographique et climatique et ‘l’esprit ‘des gens qui y habitent, le déterminisme naturel fixiste sur lequel s’appuient les théories régionalistes et racistes ne devrait qu’être rangé au musée des erreurs passées . Malheureusement, ces erreurs , devenues des mensonges profitables , des idéologies politiques , n’ont pas cessé de hanter les hommes, même les savants et soi-disant éclairés. Tel est le cas de l’idéologie hamitique.

2. L’idéologie hamitique : une arme de combat et de domination.

Le terme hamite ou chamite enveloppe une des plus funestes manipulations de la réalité historique et culturelle. Partant de la malédiction consécutive à la faute présumée de Cham, l’idéologie hamitique servira aux Hébreux pour frapper d’infamie les Egyptiens et les Noirs, ensuite elle servira pour justifier l’esclavage et la colonisation, puis par une transmutation due à Gobineau, elle servira à dénier aux peuples Noirs toute contribution à la civilisation universelle, toute innovation culturelle africaine étant attribuée à l’apport fécondant de Hamites d’origine blanche. Après avoir servi à nier l’apport des Noirs dans la civilisation égyptienne, elle va être utilisée pour présenter les élites des pays des Grands Lacs comme étrangères, apparentées aux colonisateurs et naturellement appelées à participer avec eux au parachèvement de l’œuvre civilisatrice. Avec l’idéologie hamitique, le venin du racisme va pénétrer dans cette région de l’Afrique, semant des divisions et des haines qui ont culminé dans des génocides. Elle déforme encore la conscience de certaines élites à tel point que Drake aurait encore raison de titrer, comme en 1959, son article : « Détruire le mythe chamitique, devoir des hommes cultivés. (7) »

2.1. De la malédiction de Cham à la malédiction des Noirs

Le mot chamitique ou hamitique vient du nom Cham, l’un des trois fils de Noé. Dans la Bible, Ancien Testament, le livre de la Genèse dit au chapitre 9 versets 18-27 que Cham ayant vu son père ivre et nu, il en avait averti ses frères, Sem et Japhet. Le père une fois sorti de son ivresse apprit « ce que lui avait fait » son jeune fils, et maudit Canaan, fils de Cham en le condamnant à être l’esclave de ses frères. Au chapitre 10, la Genèse présente comme fils de Cham, Kouch, Misraïm , Put et Canaan. Et comme fils de Kuch, Séba, Havila, Sabta, Ragma, et Sabteka. Comme fils de Ragma, Saba et Dédan. A ce niveau, tous les peuples de la terre sont présentés comme issus d’un même père. Mais certaines traditions juives vont exploiter l’histoire de la malédiction de Cham pour la transformer en celle des Noirs. Une confusion, peut-être intéressée et délibérée, a été faite entre Cham et trois racines de l’égyptien ancien : ham qui signifie être chaud, brûler ; hm,hmw qui veut dire esclave, disciple et km, kam qui signifie être noir, brunir. Kmt est à la fois une chose noire, la terre noire fertile par opposition à deseret, terre rougeâtre et stérile, l’appellation de l’Egypte, du roi et des habitants de l’Egypte. Kami désigne le dieu Osiris etc. L’auteur de la Genèse « aurait identifié les contenus sémantiques des trois points ou de deux seulement comme le fera plus tard Philon d’Alexandrie qui, commentant ce passage (Gen. 9, 18-27), identifiera km et la chaleur (hm) d’autant plus facilement que ham en hébreux a le même sens que dans l’égyptien ancien. (8)» Dans une étude sur l’hypothèse hamitique, son origine et sa fonction diachronique, Edith R. Sanders montre que la malédiction passa des noms de Cham, de Canaan, d’Egypte etc à la couleur noire de la peau et même à la physiologie et à la conduite morale des Noirs « comme le montrent clairement les traditions rabbiniques du Talmud babylonien dans lequel les descendants de Canaan deviennent des Noirs et des dégénérés.(9) » En fait la Genèse escamote le vrai motif de la malédiction et les traditions sur l’ivresse de Noé varient : l’une dit que Noé a été castré par Canaan, l’autre qu’il a été émasculé par Cham, tandis qu’une troisième raconte qu’il l’a été par un lion. Dans la mythologie (grecque et hittite par exemple), le mythe de la castration du père est fréquent : Chez les Grecs, Ouranos est émasculé par Kronos, qui a son tour est émasculé par Zeus. Les Hébreux ont récupéré ce thème mythique pour l’exploiter contre les peuples du sud et les Noirs. « Tout cela provient du fait qu’à un moment donné de l’histoire réelle des peuples, les Hébreux qui avaient des prétentions sur la terre des Cananéens ou des Philistins alors alliés des Egyptiens vers l’époque de Ramsès III(1182-1151), avaient besoin d’une puissante idéologie de caractère cosmique pour légitimer leurs prétentions politiques. (10)» Cette idéologie de la malédiction des Noirs restera désormais latente au long de l’histoire. Au XIVème siècle Ibn Khaldun essaye même de la combattre et d’expliquer que la couleur noire n’est pas la suite de la malédiction de Noé mais plutôt l’effet de l’air sous une très grande chaleur. Il constate dans son Muqaddimah ou Introduction à l’histoire universelle qu’il est dit dans la Torah que Noah a maudit son fils Ham mais qu’aucune référence n’y est faite à la couleur noire.

Aux 18è et 19è siècles, l’idéologie de l’infériorité des Noirs se donne de plus en plus les apparences de la science, étant relayée par des penseurs éminents.

Le siècle dit des Lumières n’apportera pas de rayons d’objectivité sur la réalité humaine des Noirs (11). D. Hume trouvait que les nègres n’ont aucun signe d’intelligence, Voltaire trouvait qu’ils sont irrémédiablement les derniers sur le plan intellectuel, le naturaliste Cuvier n’y voyait que des barbares proches des singes, tandis que le philosophe Hegel trouvait que l’Afrique était encore « enveloppée dans la couleur noire de la nuit ».

Les hommes d’Eglise et autres exégèses insistent sur la peine héréditaire « qui pèse sur une portion de la race africaine. »(Lamennais dans L’avenir, 1830). A.L. Montandon écrit en 1848 dans son Etude des récits de l’Ancien testament…« Il suffit de vous désigner les nègres pour vous rappeler à quel point la sentence de Noé s’est accomplie sur la postérité de Cham » Mais, pendant que le mythe de la malédiction des Noirs justifie l’esclavage et la colonisation, l’idéologie hamitique prend un tour inattendu avec le comte Arthur de Gobineau.

2.2. Les Chamites selon Gobineau ou la négation de la créativité des Noirs.

Gobineau intervient pour contrer la thèse, défendue par exemple par Volney sur le caractère noir et africain de la civilisation égyptienne ancienne. Il s’ingénie à récupérer le concept péjoratif de Chamite pour lui donner une nouvelle signification.

Avec son Essai sur l’inégalité des races humaines(1853) le comte Arthur de Gobineau va donner au racisme et à l’idéologie hamitique une autre tournure non moins dangereuse. Gobineau distingue notamment les races Caucasienne, Sémitique, Japhétide, Jaune et Noire /Chamitique . Chaque race a selon lui sa spécificité intellectuelle et morale. « Les deux variétés inférieures de notre espèce, la race noire, la race jaune, sont le fond grossier , le coton et la laine , que les familles secondaires de la race blanche assouplissent en y mêlant leur soie, tandis que le groupe arian, faisant circuler ses filets plus minces à travers les générations ennoblies, applique à leur surface , en éblouissant chef-d’œuvre, ses arabesques d’argent et d’or.(12) » Le Noir incarne la laideur, la superstition, la brutalité, l’anthropophagie , la médiocrité, la souillure. La civilisation égyptienne serait le résultat du mélange de touristes blancs, éléments civilisateurs, avec des Noirs autochtones. Les Chamites de Gobineau sont primitivement des Blancs mais leur destin a été de se mêler à la race ‘’mélanienne’, de se métisser et de disparaître. « Les anciens Chamites blancs allèrent se perdant chaque jour, et finirent par disparaître. Leur descendance mulâtre, qui pouvait très bien encore porter leur nom comme un titre d’honneur, devint par degrés, un peuple saturé de noir. (13)» Selon lui, les Chamites qui ont fondé les civilisations nord africaine et mésopotamienne telles que celles de Carthage, de Ninive, de Babylone étaient des Noirs ayant assimilé du sang blanc ou ‘’arian’’. Après Gobineau, les Noirs se divisent en vrais et faux nègres, et toute trace de civilisation est imputée à la présence du sang des chamites.

Les linguistes, les anthropologues, les ethnologues et les égyptologues vont s’engouffrer dans la brèche ouverte par Gobineau et chercher des hamites derrière toute civilisation africaine. Chez certains linguistes, les langues sont classées en relation avec la hiérarchie culturelle et raciale de leurs locuteurs Ainsi par exemple, Carl Meinhof écrit en 1936 que « les créateurs de langues à classes ne sont pas des natifs de l’Afrique et (…) n’étaient pas des nègres ». Et l’anthropologue J. Deniker dans Les races et les peuples de la terre (Paris, 1900) affirme que « l’élément dit khamitique, d’origine asiatique ou européenne(…) se superposa sur les nègres, les négrilles et les boshimans ». De plus, dans son article intitulé « Détruire le mythe chamitique, devoir des hommes cultivés », Drake cite l’ouvrage de Friedrich Ratzel intitulé Histoire de l’humanité et publié à Londres en 1895 dans lequel Ratzel explique que le terme chamitique doit être appliqué aux « tribus dont le type de physionomie approche les plus nobles formes de visages blancs bien que leur couleur soit aussi noire que celle du Noir typique. (14)»

Mais l’un des anthropologues les plus acharnés à hamitiser l’Afrique fut sans aucun doute Sir Harry Johnston(15). Pour lui, en effet, les Hamites étaient linguistiquement et racialement de même origine que les Sémites et viennent peut-être « du sol fertile des peuples conquérants » de l’Asie du Sud-Ouest. Les Hamites sont la forme primitive ou modifiée du caucasien. « Les nègres Nilotiques sont très tôt sous l’influence de la forme primitive de l’homme blanc, le Hamite ».Ce sont les ancêtres des dynastes égyptiens. Ils conquirent l’Egypte et l’Afrique noire jusqu’au Cameroun et à l’ouest de l’Afrique. A l’Est, ils descendirent jusque dans les pays des grands Lacs. Ce sont eux qui ont apporté l’usage du métal. Ce sont des aventuriers égyptiens qui, en descendant devinrent partout des chefs, des demi-dieux à cause de leur peau claire, de leurs beaux traits et de leurs arts. Les civilisations africaines sont tributaires et redevables au sang blanc des Hamites, de l’Egypte au Zimbabwe, des Grands Lacs au Bénin en passant par les Bashi et les Lubas qui devraient aux Hamites l’art de la métallurgie. « Sometimes one is disposed to think that those remarkable cattle-keeping aristocracies of the heart of Central Africa- the Bahima, the Batutsi, the Makarka, and Mangbettu are descended from Egyptian colonists of 2,000 and 3,000 ago »,note Johnston.

2.3. Les Hamites des Grands Lacs, des explorateurs aux « savants », des colons aux missionnaires.

Le dix-neuvième siècle dit de l’histoire était féru de recherche de l’origine et de l’évolution des choses. Les langues, les peuples, les civilisations, les races, l’esprit, etc. tout fut appelé à donner sa source et de prendre place sur l’échelle de l’évolution au sommet de laquelle trônait, bien entendu, la civilisation occidentale chrétienne et technicienne. Tout ce qui, en Afrique, portait la marque du génie dans l’organisation politique et sociale, dans l’élaboration métaphysique, les sciences, les arts, l’architecture etc. fut attribué à des éléments fécondants blancs.

L’explorateur anglais J.H.Speke, qui passa dans la région dans les années 1850 (au Burundi en 1858) impressionné par l’organisation de l’Afrique des Grands Lacs avança l’hypothèse d’une migration galla venue d’Ethiopie. Et après lui, Oscar Baumann écrira : « Les peuples étudiés ici appartiennent linguistiquement tous au groupe bantou. Cependant du point de vue anthropologique on sera obligé ici de les grouper en hamites et en nègres, les premiers étant représentés par les tribus des pasteurs, watussi ou wahuma. Sur les populations agricoles bantu établies depuis des temps immémoriaux s’est déversé, il y a plusieurs millénaires, un courant d’immigrants de pasteurs hamites originaires de l’Abyssinie du sud des pays nordiques des Galla. (16) »

Le congrès Universel des races de 1911 fit l’éloge des hamites à la grammaire admirable, au nez aquilin, au beau crâne vaste et orthognate (17). Et le docteur Richard Kandt reprit l’idéologie en 1914 en ces termes : « Les Watussi sont une caste noble d’étrangers sémitiques qui ont subjugué toute la zone interlacustre et dont la taille géante dépassant parfois les deux mètres, fait penser au monde des fées. »(Caput Nili). Pour sa part le Duc de Mecklenburg fera le portrait robot des hutu, agriculteurs bantu, laids, esclaves bons pour les travaux durs, et les tutsi venus d’Egypte et d’Arabie…Membre d’une expédition scientifique allemande en Afrique centrale dirigée par ce duc, l’ethnologue Jan Czekanowski dira que les Batutsi et les Bahuma doivent être mis en relation avec les tribus nilo-hamitiques de la rive Est du bassin du Nil.

Les administrateurs coloniaux, informés et déformés par ces clichés s’employèrent à les faire pénétrer dans la tête des élites des Grands Lacs, singulièrement du Rwanda et du Burundi. « Les Batutsi étaient destinés à régner. Leur seule prestance leur assure déjà, sur les races inférieures qui les entourent un prestige considérable. (18) » Voilà comment s’exprimait P. Rychmans qui fut administrateur résident du Burundi pendant dix ans.

Les missionnaires ne furent pas en reste : des évêques aux prêtres et aux abbés, l’Eglise catholique participa activement à l’enracinement de l’idéologie hamitique. Mgr Gorju, s’interrogeant sur les rois tutsi trouva cette réponse : « Sans doute d’audacieux chefs de bande, l’infiltration de blancs au milieu des noirs, c’est-à-dire des apathiques bantu …(19) » De même, Mgr Léon Classe qui fut archevêque du Rwanda écrivait en 1922 « La population du Rwanda est formée de trois races : les Batutsi, la classe noble, les Bahutu, ou le peuple, les Batwa ou pygmées… Les Batutsi ne sont pas des bantu, ce sont, si vous voulez, des négroïdes : c’est le peuple de l’Afrique qui possède le plus fort indice hamitique. Autrefois, longtemps avant l’ère chrétienne, il y eut d’Asie Mineure de fortes migrations de peuples qui passèrent en Egypte puis peuplèrent l’Abyssinie, et, peu à peu, s’écoulèrent vers le sud. Là est l’origine probable de nos Batutsi… » Le prélat ne manquait pas de parler de la grande taille des Batutsi , de leur physionomie agréable « parfois même rappelant de près la race sémitique. (20)»

Le père Pagès, du Rwanda, écrira à son tour, en 1933, Un royaume hamite au centre de l’Afrique. Dans cet ouvrage le prêtre étend aux peuls le qualificatif de hamite et prétend que les tutsi sont des hamites-sémitiques venus d’Egypte et d’Abyssinie, dans des caravanes avec des porteurs nègres. «On rencontrera souvent le mot « hamite »…il sert à désigner les ‘Batutsi’ qui sont les mêmes que les ‘Bahimas’ de l’Uganda et du Nkole…les ‘Banyambo’ du Ndorwa et du Karagwe. Les ‘Peuls’ou ‘Peulhs’ (au pluriel Foulbé ou Foula) du Soudan…paraissent eux aussi, fortement apparentés à la race des Hamites. (21) »

Parmi les autochtones, l’Abbé rwandais, Alexis Kagame a joué un rôle important dans l’enracinement de l’idéologie hamitique, d’une part à cause de sa contribution dans l’écriture de l’histoire du Rwanda, d’autre part à cause de la respectabilité des hommes d’Eglise. Il restera le symbole même de l’intellectuel incapable de se départir d’une idéologie que les faits qu’il étudiait ne cessaient de démentir. Nous le verrons plus loin. Un quart de siècle après l’indépendance du Rwanda et du Burundi, paraissait en 1978, de Paul Del Pérugia , Les derniers rois mages. On y lit que « Le Hamite …ne gravit que très tard, à la fin du XIIième siècle, la zone inter-lacustre. …Tout rendait ces immigrants irréductibles aux Bantous. Les hamites ne sont ni négroïdes, ni européïdes. L’origine de leur race splendide demeure toujours mystérieuse. (22)»

2.4. Présomptions sans fondement et mépris des faits.

Aucun de ceux qui ont répandu l’idéologie hamitique n’a pu lui fournir une assise scientifique. Et l’on reste étonné par la disproportion entre cette absence de base et la ténacité avec laquelle elle continue de hanter l’Afrique, de diviser et détruire ses enfants. L’échantillon ci-après, tiré des documents respectifs cités ci-haut montre avec quelle légèreté ses partisans la présentent : « Il paraît impossible de croire, à en juger par l’apparence physique des Wahûma, qu’ils puissent être d’une autre race que celle mi-shem mi-hamitique d’Ethiopie » écrivait John Hanning Speke. « Là est l’origine probable de nos Batutsi » écrivait Léon Classe pour qui « On peut établir tout un faisceau d’indices tirés de la constitution physique, des mœurs et coutumes, des légendes des Batutsi. Aucun argument ne peut être pris dans la langue… » Le père Pagès parlait de « quelques présomptions et quelques données sur lesquelles on peut s’appuyer pour essayer de faire un peu de lumière. »

Ceux des propagateurs du hamitisme qui se sont efforcés de lui trouver des assises n’ont pas réussi et ont été obligés de tordre les faits , cédant à l’impératif d’un a priori récurrent. Ce fut le cas notamment d’A. Kagame et de Mgr Gurju.

Dans un article intitulé : « Les Hamites du Rwanda et du Burundi sont-ils des Galla ? (23) » Alexis Kagame, déjà convaincu que les Batutsi étaient des hamites les répartissait en trois groupes : les Couchites : Somali, Galla ; les Nilo-hamites : Sud-Est du Soudan, Nord-Est de l’Ouganda, Ouest du Kenya, Nord-Est du Tanganyika ; les Hamites inter-lacustres : Bahima, Bahinda, Batutsi du Rwanda, du Burundi et du Buha. Il constatait que « Les différences entre ces trois groupes se situent dans les systèmes linguistiques, dans les institutions sociales et politiques, ainsi que dans divers éléments culturels qui en découlent. Ces facteurs de différenciation n’empêchent cependant pas qu’il y ait, même du point de vue culturel, une certaine unité fondamentale, parallèle à celle de la race. S’il en était autrement, ils auraient été difficilement groupés sous l’étiquette commune de’ civilisation hamitique’ qui leur est appliquée. »

L’étiquette: voilà l’ultime recours quand les faits culturels censés fonder cette pseudo civilisation hamitique si recherchée font défaut. En effet, étudiant comparativement six traits culturels importants à ses yeux, l’Abbé Kagame constate une nette différence. Les galla pratiquent la circoncision, « Les Hamites interlacustres n’ont aucune idée de cette coutume. » « Les galla utilisent la chèvre dans leurs cérémonies les plus vénérées…or chez les hamites inter-lacustres, la chèvre constitue une impureté.» Il constate qu’alors que chez les Batutsi la brebis partage le mythe de la vache et constitue avec elle un animal divinatoire, chez les galla c’est plutôt le bouc qui a ce statut, alors qu’il est tabou au plan social et divinatoire chez les Batutsi. Kagame fait le même constat à propos du Zébu : les Galla élèvent la vache zébu (ingwêba). « Mais les Batutsi et les Bahima considèrent comme impur le lait de la vache zébu, au même titre que celui de la chèvre. Nos Hamites préféreraient mourir de faim plutôt que de se souiller en buvant de ce lait. ». Chez les Galla le forgeron devient un paria « or non seulement le forgeron n’est pas un paria chez nous, mais encore le Roi du Rwanda lui-même est le forgeron suprême du pays. » Enfin, il relève que « l’institution galla qui marque, d’une manière plus spectaculaire, l ‘absence de relation culturelle entre ces couchites et les hamites inter-lacustres » c’est-à-dire les Gada ou classes d’âge qui conditionneraient leur structure sociale et organisation politique. « Les Hamites inter-lacustres ignorent les classes d’âge…Le système socio-politique, en leur zone est axé sur la monarchie de droit divin. » Et l’Abbé de conclure sans appel : « Les Galla et les Hamites inter-lacustres en dehors de leur appartenance à la même civilisation pastorale et à la même race Hamitique n’ont jamais pu entrer en contact et s’influencer culturellement. »

L’autre homme d’Eglise qui a lancé (après J.H. Speke) l’idée des tutsi-galla (dans Entre le Victoria, l’Albert et l’Edouard, paru en 1920), et qui s ‘est perdu dans des contradictions, est Mgr Gorju du Burundi. Après avoir écrit que les princes burundais de la dynastie ganwa se disaient d’origine hutu, il s’est contredit, probablement sous la pression, pour propager une phrase qu’aurait prononcé le jeune prince Baranyanka : « notre dynastie est hamite ». En effet, il a noté dans un écrit intitulé Zigzags à travers l’Urundi comment son préjugé s’était heurté aux faits : « Lorsque, à force de faire et zigzags et enquêtes, nos idées se furent modifiées dans le sens de l’origine bantu de nos Hamites, nous conclûmes. » Mgr Gurju précisait ses preuves : les « affirmations très nettes de nos princes, vieilles légendes stéréotypées qu’on s’est transmises sous (leur) couvert, nous ont fait adopter longtemps l’opinion contraire et conclure à l’origine bantu de leur dynastie ». Entre autres princes, Gorju citait le grand chef Nduwumwe qui avait affirmé clairement : « Ne te méprends pas sur notre origine ; nous autres princes, notre premier aïeul était Muhutu, nous ne sommes que des bahutu .(24)» Une telle affirmation à une époque où n’était noble que ce qui était tutsi a requis du chef Nduwumwe un attachement certain à la vérité. Et Gorju insiste : « Il est des princes dont le faciès est du bantu pur. Nous nous fatiguerions à citer des noms parmi les anciens et les nouveaux. Bref , pris dans l’ensemble nos princes sont moins hamites que les simples pasteurs et, quand ils le paraissent, cela doit vraisemblablement être attribué à des unions incessamment répétées dans le stock hamite. » Gorju continue ainsi : « Leurs coutumes viennent à l’appui de leurs dires. Leurs hommes de confiance sont toujours parmi les manants. Un prince, lorsqu’il épouse une fille mututsi, accomplit des cérémonies dans une hutte d’un muhutu, constituée expressément pour cela par des bahutu, dans un kraal de bahutu. Lorsqu’un prince sent la mort venir, il se fait porter dans la hutte d’un de ses bahutu pour y mourir. (25)»

Malgré tout cela, semblable à Galilée contraint de se déjuger, Gorju écrit sans conviction : « Les rois barundi ne sont bahutu que parce qu’on les appelle bahutu. Le roi de l’Urundi est muhutu en théorie. (26) » L’historien Jean-Pierre Chrétien reprend le témoignage de Gorju en le citant : « Tout le monde le dit ici et les princes eux-mêmes m’ont affirmé qu’ils ne descendent pas d’un mututsi». Et Chrétien à son tour écrit que « les traditions orales les plus largement répandues …donnaient au fondateur de la dynastie, Ntare Rushatsi, une origine méridionale…et n’excluaient pas une appartenance hutu. Sous l’influence conjuguée d’un grand chef du Nord-Ouest, Pierre Baranyanka, et de l’évêque Julien Gorju…tous deux fascinés par la culture rwandaise, une autre version est officialisée, à coup de bricolage des sources et même de pressions sur certains informateurs : elle donne au roi fondateur une origine rwandaise et tutsi, fondant en quelque sorte les lettres de noblesse de l’aristocratie dynastique burundaise. (27»

3. La judaïsation des Tutsi, stade ultime de l’idéologie hamitique.

Nos l’avons dit : le terme hamitique a subi des déformations philologiques, des assimilations linguistiques et des manipulations idéologiques(28). Mais alors qu’on pensait l’idéologie hamitique en voie d’extinction sous sa forme explicite, elle est en train de resurgir sous une forme que certains n’hésitent pas à présenter comme une nouvelle stratégie d’exploitation de l’Afrique, celle des Grands Lacs en particulier.

3.1. Havila : terre des Juifs d’Afrique ou une idéologie de l’occupation?

Le 18 mars 2000, Grands Lacs Confidentiel (29) titrait ainsi un article signé de Erik Kennes : « Judaïsation des Tutsis : identité ou stratégie de conquête ? » L’auteur notait que « depuis un certain temps, une nouvelle identification sociale est née chez les tutsi du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda. La réclamation d’une identité juive, les tutsi hébreux, fait certainement son bonhomme de chemin et de façon non hasardeuse. ». Cette identification aurait déjà des échos en Israël, puisque, dit Kennes, le Jerusalem Post du 23 novembre 1998 aurait écrit : « Nous lançons un appel à Israël et à la communauté internationale pour condamner et prendre des actions contre toute violence anti-israélite perpétrée par des non israéliens à travers l’Afrique, y compris plus de 500.00 tutsis-hébreux israéliens au Rwanda. . » L’auteur souligne que « Havila est le mot attribué à la région des Grands Lacs par ce mouvement de la judaïsation des tutsis ». Institut, centres de recherche et manifestations sont voués, dans la discrétion, à la promotion de l’identité des tutsis-hébreux. Erik Kennes signale l’existence de 7 centres de recherche liés à « l’Institut des Grands Lacs » qui regrouperait « dans la plus grande discrétion les plus grands intellectuels tutsis à travers le monde ».

L’objectif commun de ces centres serait de restituer et de faire revivre la « mémoire perdue des douze codes hébraïques qui ont caractérisé depuis des millénaires, la civilisation des peuples kushitiques de l’Abyssinie méridionale (Rwanda, Burundi, Buha,Ankole, Buhavu etc.) et gardiens des mines du roi Salomon ». Kennes détaille les missions de chacun des 7 centres. Ainsi , le Centre Gédéon serait chargé de la sécurité et de la stratégie, le centre roi Salomon des analyses économiques et financières, le centre Hakim de la médecine , des sciences naturelles, de l’écologie et des écosystèmes dans Havila ; le centre Mulenge de la maîtrise des nouvelles technologies de la communication, de la documentation et des archives cruciales relatives à Havila. Le centre ISHMGO appuierait Mulenge en logistique et s’occuperait de la muséologie de Havila, des manifestations culturelles et folkloriques ainsi que de la « fabrique d’Ishango » au sein de laquelle les artisans reconstitueraient l’art et l’artisanat salomonique de Havila. Le centre Techouvhah s’occuperait de la connexion mémorielle des peuples shébbatiques du Nil Blanc et du Nil Bleu (Ethiopie, Somalie, Erythrée, Ogaden, Ghana, Nigeria) etc. Le centre Sacega s’occuperait du souvenir de l’institution du bâton de justice et du gouvernement dans Havila…par rapport à la mémoire de l’antique Israël, dont ils gardent … les codes salomoniques et mosaïques…dans des traditions multi-séculaires. Enfin, le centre Bilkis-Reine de Saba s’occuperait de l’analyse et de l’intervention politique et diplomatique concernant les peuples de Havila.

Le texte mentionne également l’organisation, du dimanche 24 octobre au mardi 2 novembre 1990, à Aguleri, dans l’Igboland au Nigeria, d’un festival tutsi « célébrant la réunification physique des tribus perdues de Havila, de Guihon (Ethiopie, Somalie, Erythrée, Ogaden, Ghana, Nigeria ) et du Fouta Djalon. » Les organisateurs auraient été l’African Hebrew Organisation, le King Solomon Sephardic Federation et le Groupe Industriel RIVKIN TECHNOLOGY.

L’auteur cite comme ténors de la conférence le professeur Jean Bwejeri, linguiste, l’avocat Mathias Niyonzima du barreau de Bruxelles et professeur de droit à l’Université de Nantes, le capitaine Ciramunda Richard-Delvaux, criminologue et stratège de Havila, Gaspard Kirombo, lauréat de la faculté des Sciences politiques et sociales de l’UCL, coordinateur du centre Mulenge et modérateur de la conférence inaugurale. A ceux-là s’ajoutent le professeur Alexandre Kimenyi(USA), Déogratias Bugera, Bizimana Karahamiheto et Jérôme Gapangwa Nteziryayo, évêque d’Uvira, docteur en histoire ecclésiastique.

De la lecture des écrits des promoteurs de Havila dont le siège est à Bruxelles, en Belgique, il se dégage un certain nombre de principes à la fois antidémocratiques et proches d’un essentialisme fixiste dont le raciste le plus simple d’esprit peut faire un fonds de commerce. En effet, derrière l’obsession des traditions se cache ici l’idée d’une perfection immémoriale et définitive. De même le paradigme monarchiste propre à Havila dont le chef, Jean Bwejeri, se dit prince de Nkoronko ; la mystique raciale tendant à promouvoir un culte des Tutsis, le mythe d’un passé codé sacralisé mais manipulable à souhait, tout cela amène à se demander si Havila n’est pas une école de racisme, un virus idéologique des plus dangereux. Quand par exemple J. Bwejeri écrit dans un article intitulé « Havila et les Tutsi hébreux » que « Durant les quarante dernières années, les Batutsi ont été exterminés et sont encore en train d’être exterminés, à cause de leur identité hébraïque et de leur héritage salomonique » par qui voudrait-il être pris au sérieux ? Peu lui importe : l’assimilation des tutsis à des victimes d’un nazisme et d’un antisémitisme africains est en marche.

3.2. Recherche de fraternité ou moyen de division et d’exploitation ?

Derrière les proclamations d’une fraternité entre les Tutsi et les Juifs, certains voient la poursuite du dessein consistant à diviser les Africains pour mieux les exploiter. Car, se demandent-ils, en quoi un Tutsi est-il plus frère d’un Juif que d’un Africain qui partage avec lui la vie quotidienne et le passé récent ? Il s’agirait plutôt d’une manipulation idéologique, visant à utiliser certains groupes ethniques, à les dresser contre d’autres africains en leur donnant une origine extra-africaine, noble, supérieure. Comme hier les Tutsi, les Galla, les Hima, les Peuls, les Lemba etc. furent dits des Hamites, des blancs dans la peau noire, aujourd’hui, les mêmes, avec des Nigérians, des Ghanéens etc. sont en voie d’être rebaptisés Juifs. Des informations dignes de foi font penser que les Fangs d’Afrique centrale sont également visés par ce projet de judaïsation.

De même qu’Edith Sanders, en 1969, voyait dans le hamitisme une idéologie destinée simplement à rationaliser l’exploitation de l’homme noir et à spolier le continent (30), Kennes voit derrière la prétendue volonté de retrouvailles fraternelles un projet de mainmise économique sur les ressources de la région des Grands Lacs, à partir de l’instrumentalisation des Tutsi et des autres ethnies rebaptisées juives pour les besoins de la cause. « Les maîtres à penser de cet empire (Hima-Tutsi) sont des personnes hautement instruites, qui ont tissé des relations avec certains groupes juifs et plusieurs partenaires occidentaux qui leur permettent de réaliser leur projet au prix des richesses abondantes dont regorgent ces Etats ».Il s’agirait donc de la complicité des certaines élites africaines avec des multinationales étrangères pour piller l’Afrique. Erik Kennes cite par exemple le projet Solomon Pipeline de la compagnie Westrac qui viserait à donner gratuitement à Israël l’eau du fleuve Congo. Dans certains écrits quelques idéologues de Havila affirment que le roi Salomon leur a donné en héritage la région des Grands Lacs et que les Bantous sont des immigrés à titre précaire. Qu’ils n’ont qu’à se soumettre aux lois des maîtres du pays ou partir ! De même, en se proclamant gardiens des mines du roi Salomon, ils chercheraient à justifier le pillage des minerais de la région.

Mais encore : à y regarder de près, les derniers développements de l’idéologie hamitique tutsie judaïsante sont une insulte pour les Tutsis et pour le bon sens. Les pseudo savants de la patrie Havila proclament en effet que la religion tutsie est un monothéisme en rapport avec le modèle mosaïque de la dix-huitième dynastie d’Egypte, que le système juridique doit être l’exacte copie du code déteuronomique, que le Tutsi doit être monarchiste politiquement, et qu’il doit être gardien de vache puisque tutsi veut dire d’après le prince de Nkoronko « ceux dont l’occupation permanente est de conduire le bétail au pâturage ». Bref les Tutsi n’auraient pratiquement plus rien à inventer et n’auraient qu’à se tourner vers leurs savants, qui, organisés en brillants centres de recherches se sont donnés la mission d’exhumer les trésors de leur humanité et de leur restituer l’intégralité de leur mémoire perdue. Seulement, hélas, au prix de quels abandons et de quels risques ? Et quand Jean Bwejeri, le prince de Nkoronko, écrit une œuvre intitulée : Les Batutsi II. L’histoire confisquée il ne croit pas si bien dire. Seulement ce qu’il n’avoue pas, c’est que ce n’est pas l’historiographie classique qui a confisqué cette histoire, c’est lui et ses chercheurs, qui, ô paradoxe fratricide ! veulent enfermer les Tutsis dans le passé en en faisant des momies dorées. A se demander si les patrons de Havila aiment les Tutsis…

4. Comprendre et agir

Le mythe des origines et l’idéologie hamitique sont une entreprise délibérée visant à affaiblir l’Afrique pour l’exploiter facilement. Ils se servent d’un racisme anthropologique , social et culturel ainsi que d’une falsification de l’histoire africaine pour dresser les africains les uns contre les autres. D’où la nécessité d’engager une action pour démasquer et neutraliser ses avatars et réconcilier les africains , singulièrement ceux des Grands Lacs autour de l’idée d’un destin commun.

4.1. Par-delà les fausses généalogies, les vraies parentés.

L’analyse historique de cette idéologie nous ramène au constat que les pasteurs de l’Afrique des Grands Lacs sont des Bantous, parlent des langues bantoues. Ils ne constituent pas une race à part. De plus, les pasteurs de l’Afrique des Grands Lacs ne sont pas tous des Tutsis ou des Himas. Des Bashis, des Hutus etc. ont élevé du bétail en combinaison avec l’agriculture.

En outre les aristocraties de cette région ne sont pas issues d’une immigration blanche mais d’une différenciation socioprofessionnelle locale.

Et contrairement à l’idée courante les vocables Hutu, Tutsi, Hima, Twa etc. ne désignaient pas originairement des ethnies culturellement distinctes les unes des autres, mais des clans ; c’est-à-dire des communautés issues d’un même ancêtre connu : Muhutu, Mututsi, Muhima, Mutwa etc., cela n’excluant nullement un ancêtre commun avant la spécialisation professionnelle relative des uns et des autres. Le fait que Hutus, Tutsis et Twas, Himas aient des noms de lignages communs pourrait plaider dans ce sens.

De plus, les différences morphologiques observées ne relèvent pas de caractères raciaux génétiquement figés mais de divers facteurs : alimentaires notamment.

Par ailleurs les ressemblances morphologiques entre pasteurs d’Afrique dues surtout à l’alimentation ne font pas d’eux des parents proches tout comme elles ne créent aucune affinité culturelle directe : on l’a vu notamment à propos des Gallas et des pasteurs des Grands Lacs.

L’idéologie raciste plaquée sur la région a eu pour effet de diviser artificiellement ses peuples en races différentes, hiérarchisées, dont certains pasteurs faussement affublés d’une ascendance blanche constitueraient l’élite prédestinée à gouverner les nègres en coopération avec le colon.

Pour le Burundi par exemple, l’amalgame hamitique a fait que la dynastie des Baganwas, traditionnellement de souche hutue soit reclassée tutsie et d’origine étrangère pour la simple raison qu’elle avait du bétail et des pouvoirs. Les Bahimas furent rebaptisés Batutsis alors que c’étaient des Bahimas c’est-à-dire descendants de Muhima et non de Mututsi. Des Hutus riches et qui avaient du bétail, voyant que les colons appelaient Tutsis les riches, les puissants et les nobles, revendiquèrent et acquirent le titre de Tutsi. Le paradoxe aujourd’hui est que les Bahimas qui depuis 1966 se disent les porte-flambeau de la noblesse tutsie du Burundi ne sont même pas des Batutsis au sens authentique du terme et qu’avant la colonisation ils étaient plutôt un clan méprisé, à part quelques lignages. Le mot Tutsi, au départ synonyme de descendant de Mututsi est venu signifier pasteur, riche, noble, Blanc dans une peau noire. Et, suite aux manipulations coloniales le mot Hutu a été assimilé à tort à serviteur, esclave alors que les termes umusuku, umuja exprimaient adéquatement ces statuts. Cette œuvre de faussaire a fini par fragmenter, pétrifier et polariser la société.

4.2. L’idéalisation des Tutsis et la diabolisation des Hutus : un même piège

Nous avons vu plus haut à quel point une certaine littérature a adulé et porté aux nues la beauté et les qualités des Tutsis. Encore aujourd’hui la presse occidentale manifeste une sensibilité très inégale devant la mort des Hutus et des Tutsis. Autant le génocide des Tutsis du Rwanda fait l’objet d’une commémoration quasi religieuse, autant les trois millions de congolais emportés par l’agression rwando-ougandaise et les milliers de Hutus rwandais massacrés par le FPR sont l’objet d’un oubli ordinaire. Ils sont « banalement mortels ». Et une habitude atypique mais calculée s’est installée dans certains journaux de parler d’extrémistes, de génocidaires Hutus, tendant à enraciner dans les esprits que Hutu rime avec crime, violence, méchanceté, génocide. Cette diabolisation de toute une communauté est non seulement intolérable mais relève du dessein inavoué d’empêcher la réconciliation et la bonne cohabitation des Hutus et des Tutsis. Se prêter à une telle entreprise c’est se faire le complice actif d’un racisme sournois qui sous-entend qu’il y a un « esprit Hutu » et un « esprit Tutsi ». Ce n’est pas en tant que Hutu ou Tutsi que le méchant ou le juste l’est.

Mais la diabolisation des Hutus et l’oubli du génocide des Hutus du Burundi en 1972 (voyez son absence cruelle dans le numéro 76 de Manière de voir, Bimestriel du Monde Diplomatique, sur Les Génocides dans l’histoire !) d’une part et d’autre part l’idéalisation des Tutsis ainsi que la sur-médiatisation du génocide rwandais de 1994 ne doivent pas faire croire aux Tutsis qu’ils sont tous choyés par les puissants de ce monde. Les Tutsis du Rwanda ont été abandonnés dans la détresse la plus extrême parce que « cela arrangeait » certains intérêts.

Les idéologues qui se proclament les champions des Tutsis se servent de leurs frères comme prétexte politique. Ils sont prêts à les abandonner à la misère et aux massacres pourvu que leurs intérêts et leur pouvoir soient préservés. Dans un témoignage de plus de trente pages, un ancien militaire du Front Patriotique Rwandais, ABDUL RUZIBIZA a décrit comment le FPR et son armée patriotique ont abandonné les Tutsis de l’intérieur en proie au génocide et refusé de les secourir alors qu’ils en avaient les moyens(31). Il écrit notamment, en grands caractères : « KAGAME NOUS A EMPECHE DE VENIR EN AIDE A NOS PARENTS ALORS QUE NOUS EN AVIONS LA CAPACITE ET LA VOLONTE. » Il ajoute: « Un Tutsi a fourni aux tombeurs des Tutsi le prétexte de les exterminer et les a délaissés après. » Et plus loin : « …Kigali comptait plus de 12000 hommes de troupes Inkontanyi et les Tutsi continuaient à être massacrés partout…Il n’était pas question pour ces militaires d’aller au secours des gens, parce que Kagame ne l’avait pas spécifié dans les ordres qu’il avait donnés.» Un autre témoignage d’un militaire qui a évolué dans les services de renseignement du Général Kagame et dans sa garde rapprochée, le ‘ second lieutenant ‘ Aloys Ruyenzi, matricule OP 1460, est tout aussi révélateur. Au point 32 Ruyenzi,écrit, très amer : « Il n’épargna pas ses propres frères tutsi. Bagogwe et Banyamulenge du Zaïre furent tués pour sauvegarder ses intérêts personnels. (32)»

En les présentant comme les perles sacrées de l’Afrique l’idéologie hamitique a séparé les tutsis de leurs frères, en les dressant contre eux. Ils sont tout comme les Hutus, des victimes de cette supercherie. Et la recherche légitime des racines, à défaut d’aboutir scientifiquement sur l’unité de la race humaine, ne devrait pas conduire à la création et à l’entretien de ghettos idéologiques, rendant l’Afrique encore plus vulnérable à certaines multinationales dont le profit est le seul frère et ami. Et qu’on le veuille ou non, chaque fois qu’un peuple se dit supérieur, élu et d’une pureté immaculée, cela sonne comme un défi, une provocation pour les autres considérés, certainement à tort, comme recalés par Dieu... C’est donc ensemble que Hutus, Tutsis et Himas ont à lutter contre ce qui en Afrique des Grands Lacs continue d’oblitérer leur fraternité.

4.3. Combattre activement l’idéologie hamitique

Si l’on fait le bilan des pertes humaines causées par l’exacerbation de cette idéologie, on comprend la nécessité et l’urgence d’une lutte déterminée contre ce fléau. Après les génocides du Burundi(1972) et du Rwanda(1994), la responsabilité de la communauté internationale n’est pas seulement de juger et sanctionner les coupables : elle doit s’appliquer aussi à inventorier les formes directes et indirectes de ce racisme, identifier les institutions, les compagnies, les publications et les auteurs qui les véhiculent, adapter les législations et prendre des sanctions qui s’imposent.

L’autre arme contre le racisme hamitique est une éducation avisée des jeunes qui les mettrait à l’abri des travers ethniques et racistes. Et c’est là la responsabilité des pouvoirs publics, des autorités religieuses et des médias qui, directement ou indirectement, façonnent les consciences et les opinions. L’éducation civique des enfants devrait mettre résolument l’accent sur la tolérance des différences, sur la richesse de la diversité et montrer l’universalité de l’humain par-delà les particularités culturelles.

Selon toute vraisemblance les pouvoirs oligarchiques sécrètent l’élitisme négatif, le népotisme et le racisme ethnique. Seul un régime démocratique peut dissiper les manies aristocratiques figées et cultiver une citoyenneté tolérante et créatrice. On entend encore des défenseurs discrets mais têtus de l’oligarchie dire que la démocratie n’est pas une panacée, qu’on a vu dans l’histoire des « dictatures démocratiques » ou « des démocraties tyranniques » Certes, mais si un régime issu des urnes peut décevoir , se corrompre et devenir odieux , cela ne disqualifie pas pour autant la vraie démocratie, mais engage plutôt à prendre des mesures de sauvegarde.

Conclusion.

L’étude du mythe des origines et de l’idéologie hamitique nous a donné l’occasion de montrer l’inconsistance de la théorie des climats, du déterminisme géographique, ainsi que du racisme qui expliquent les différences socio-culturelles par l’impact du climat ou de l’hérédité génétique. Elle nous a également permis de comprendre que les Hébreux ont forgé la malédiction des Cananéens, des Egyptiens et des Noirs pour s’en servir comme arme idéologique. La tradition judéo-chrétienne faisant des Noirs des êtres maudits justifiera l’opprobre historique jetée sur eux dans l’esclavage et la colonisation.

Au dix-neuvième siècle, le hamitisme prendra un tour nouveau. En effet, choqués de découvrir, suite aux conquêtes napoléoniennes, à l’égyptologie et au déchiffrage des hiéroglyphes que l’ancienne civilisation égyptienne était l’œuvre d’Africains noirs, les racistes et colonialistes européens trouveront en Gobineau un grand maître à penser. Désormais Cham n’est plus un Noir maudit avec toute sa descendance, mais un Blanc qui par le sacrifice de sa race s’est mêlé aux Mélaniens, leur transmettant par son sang, leur part d’intelligence, de civilisation et de beauté. Toutes les civilisations africaines seront désormais réputées chamitiques, œuvres de Blancs à peau noire.

L’Afrique des Grands Lacs sera un champ privilégié dans l’implantation de l’idéologie hamitique. Située dans le prolongement géographique de l’Egypte et en amont du Nil, cette région va à la fois fasciner et être victime de manipulations falsificatrices de son histoire, de sa sociologie politique et de son anthropologie. Un coin idéologique a été enfoncé entre les filles et fils d’Afrique tendant à amputer ce continent d’une partie de ses ethnies, de son phénotype jugé caucasien, et plus récemment, juif. A force d’être magnifiées, flattées, favorisées parfois par les colonialistes racistes, certaines élites tutsies et himas ont été prises au piège d’une idéologie qui se sert d’eux pour diviser et dominer l’Afrique. Mais au regard des violences qu’a entraînées le mythe de la spécificité et de la supériorité tutsie, il est du devoir des intellectuels, des politiciens, des éducateurs, des chefs religieux et des organisations anti-racistes de combattre ce virus qui est, disons-le, une arme de destruction massive. Réaliser la fraternité des Hutus, des Tutsis et des Himas dans la famille bantou, c’est en même temps réaliser la fraternité humaine. A cette fin Havila et ses structures constituent un obstacle à lever.

Dr Lazare Ndayongeje, Directeur de Programme,
Politique & Géopolitique Burundaise,
Burundi Réalités International (BRI Inc.)
Contact :
http://www.burundirealite.org/

Notes et références bibliographiques
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2. EINSTEIN, Albert.- La relativité, Payot, 1978, pp...156-159.
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23. KAGAME , Alexis, Abbé.-« Les hamites du Rwanda et du Burundi sont-ils des Gallas ? », in Bulletin des séances . Académie royale des sciences coloniales. Nouvelle série, 2, 1956, Bruxelles, pp.314-365
24. GORJU, Julien, Mgr.- Face au royaume hamite du Rwanda, le royaume frère de l’Urundi, Bibliothèque du Congo, N.S. N° 3, Bruxelles, 1938, p. 7-8
25. GORJU, Julien, Mgr.- op. cit. pp. 9-11
26. Idem, p. 12
27. CHRETIEN , Jean-Pierre.- Burundi. L’histoire revisitée. 25 ans de métier d’historien en Afrique. Ed. Karthala , paris, 1993, p. 325
28. MANIRAGABA, Balibutsa.- « Les manipulations étymologiques des termes « ham », « hamitique » l’idéologisation de la philologie » in op. cit. pp.154-240
29. KENNES, Erik.- «Judaïsation des Tutsi : identité ou stratégie de conquête ? » in Grands Lacs Confidentiel, 18 mars 2000. Voir aussi : « Mouvement d’extrême droite Burundaise : Comment pouvons-nous comprendre Havila ? » sur www.burundi-sites.com/agnews-havila.
30. SANDERS, E.R. Article cité, p. 532
31. RUZIBIZA , Abdul.- Témoignage visant à démontrer comment le gouvernement rwandais et le FPR sont responsables des erreurs qui ont rendu possible le génocide. Est-ce que le FPR est venu secourir les Tutsis comme on nous l’a souvent répété ?
32. RUYENZI, Aloys.- Major General Paul Kagame behind the shooting down of late Habyarimana’s plane : an eye witness testimony . Contact : aruyenzi2000@yahoo.com